jeudi 22 janvier 2026

Kinésithérapie : La dérive politique de l’Ordre menace-t-elle la crédibilité de la profession ?

 L'implication politique et médiatique de Pascale Mathieu, présidente du Conseil National de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes (CNOMK), soulève des interrogations éthiques et stratégiques majeures. Si sa volonté de rendre les vœux "plus politiques et plus citoyens" part d'une intention de visibilité, elle se heurte à la mission fondamentale d'un ordre professionnel.

Un Ordre professionnel n'est pas un syndicat. Sa mission première, définie par le Code de la santé publique, est de veiller au respect de l'éthique, de la déontologie et de garantir la compétence des praticiens pour protéger les patients.

En adoptant un style "moins convenu" et en s'invitant dans des débats de société clivants (comme les polémiques sur les réseaux sociaux), la présidente risque d'engager l'institution dans des combats qui ne font pas l'unanimité parmi les 100 000 kinésithérapeutes de France.

 L'Ordre doit rester un arbitre impartial. Une posture trop "politique" peut fragiliser sa crédibilité face aux pouvoirs publics et à l'ensemble des praticiens, quelles que soient leurs sensibilités. 

En prenant publiquement la défense du Dr Mathias Wargon sur la vaccination, Pascale Mathieu se place en gardienne de la "science dure" et de la médecine fondée sur les preuves (EBM). Comme souligné précédemment sur le site osteopathe.me, la kinésithérapie souffre elle-même d'un manque de preuves scientifiques pour une part importante de ses actes remboursés. En pointant du doigt les "anti-sciences" sur X (ex-Twitter), elle s'expose à une critique en retour sur les fondements fragiles de sa propre profession.

 S'ériger en figure politique de la santé publique attire l'attention sur la gestion des deniers publics. Plus l'Ordre se veut "politique", plus la question du remboursement de la kinésithérapie (face à des alternatives non remboursées comme l'ostéopathie) devient un sujet de débat politique légitime.

La profession de kinésithérapeute est aujourd'hui traversée par des tensions majeures : épuisement professionnel, tarifs bloqués, déserts médicaux et concurrence des pratiques non conventionnelles pourtant non conventionnées.

Pour de nombreux praticiens, voir leur représentante suprême s'afficher avec des personnalités comme Agnès Buzyn ou s'investir dans des joutes verbales sur les réseaux sociaux peut paraître déconnecté des réalités du cabinet.

Une cérémonie au siège de l'institution avec le "tout-Paris" de la santé peut renforcer le sentiment d'une élite ordinale plus préoccupée par son influence médiatique que par la défense concrète de l'exercice quotidien des kinés.

La solennité de l'Ordre est sa force. En descendant dans l'arène de X (ex-Twitter), la présidente s'expose à des attaques qui, par ricochet, décrédibilisent l'institution tout entière.

Le risque est que l'institution s'efface derrière une personnalité. Un Ordre doit être pérenne et stable ; une stratégie basée sur l'image d'un leader politique est par nature précaire.

Si la kinésithérapie a besoin de visibilité, celle-ci devrait idéalement passer par la valorisation de la recherche et l'amélioration de la prise en charge des patients plutôt que par une "politisation" des vœux institutionnels. En voulant sortir du protocole républicain, Pascale Mathieu prend le risque de transformer un organe de régulation en un acteur partisan, affaiblissant ainsi son autorité morale.


lundi 5 janvier 2026


The Swiss "Stress Test": A Crisis of Identity and Regulation

According to Mario Muilwijk’s 2026 report, Switzerland has become the primary "stress test" for the osteopathic profession in Europe. On February 1, 2025, the end of transitional legal provisions (LPSan/GesbG) triggered a massive regulatory crisis that left hundreds of practitioners in professional limbo.

The Reason for the Loss

  • The Scale: Between 800 and 1,000 osteopaths reportedly lost their license or were forced to shutter their private practices.

  • The Regulatory Barrier: New Swiss federal regulations now strictly require either a Master’s degree from a recognized Swiss university or a foreign diploma specifically accredited by the Swiss Red Cross (SRC).

  • The "Cross-Border" Trap: Many affected practitioners held degrees from prestigious UK institutions. While these were marketed as "recognized," they often lacked the specific professional registration (GOsC) or the clinical hours required by Swiss federal law, leading to practitioners being downgraded to "assistants" or barred from practice entirely.

Physiotherapy and the Dilution of Identity

A critical factor in this crisis—often overlooked in the "practitioner-as-victim" narrative—is the specific struggle of the Physiotherapist-Osteopath. Unlike other medical professionals, many in this group merged two distinct practices, which ultimately backfired during the Swiss regulatory crackdown.

1. The "Double Identity" Confusion Unlike a cardiologist who remains a physician, or an anesthesiologist who remains a nurse, the "Kiné-Osteopath" navigated two different legal frameworks. By mixing physiotherapy (rehabilitation) and osteopathy (holistic/systemic approach) in the same clinical space, the profession became "illegible" to Swiss regulators. When a profession lacks clear, exclusive borders, the State is less likely to grant it independent healthcare status.

2. Regulatory Arbitrage vs. Medical Standards In other medical fields, identity is non-negotiable; a surgeon cannot practice dentistry simply because they understand facial anatomy. However, many physiotherapists viewed osteopathy as a "commercial extension" or a "toolbox" rather than a standalone profession. By opting for part-time or "light" foreign degrees to supplement their physiotherapy practice, they engaged in regulatory arbitrage. Switzerland’s 2025 deadline effectively ended this, demanding a "pure" professional identity that these hybrid practitioners could not prove.

Why "Soft-Law" Failed the Hybrids

Muilwijk argues that "soft-law" (voluntary standards like the WHO or CEN benchmarks) failed these professionals. Because their education wasn't anchored in a binding framework like Directive 2005/36/EC, they lacked judicial protection.

However, for the physiotherapist-osteopath, the problem was twofold:

  1. No Home-State Anchor: Many were not registered as osteopaths in the UK (the country of their degree), meaning they weren't "migrating professionals" under EU law.

  2. Lack of Specialized Recognition: By failing to establish a standalone identity separate from physiotherapy, they remained under the "General System" of recognition, which allows host states like Switzerland to impose much harsher "compensation measures" or total practice bans.

The Cost of Overlap

The Swiss crisis demonstrates that professional maturity requires more than just clinical skill; it requires regulatory clarity. The physiotherapists who lost their right to practice in Switzerland are a cautionary tale of what happens when a profession allows its identity to become blurred. For the European regulator, osteopathy must either be a standalone, federally-regulated medical profession or it will be relegated to a secondary "technique" with no legal protection under international law.

Alain Guierre