Un Ordre professionnel n'est pas un syndicat. Sa mission première, définie par le Code de la santé publique, est de veiller au respect de l'éthique, de la déontologie et de garantir la compétence des praticiens pour protéger les patients.
En adoptant un style "moins convenu" et en s'invitant dans des débats de société clivants (comme les polémiques sur les réseaux sociaux), la présidente risque d'engager l'institution dans des combats qui ne font pas l'unanimité parmi les 100 000 kinésithérapeutes de France.
L'Ordre doit rester un arbitre impartial. Une posture trop "politique" peut fragiliser sa crédibilité face aux pouvoirs publics et à l'ensemble des praticiens, quelles que soient leurs sensibilités.
En prenant publiquement la défense du Dr Mathias Wargon sur la vaccination, Pascale Mathieu se place en gardienne de la "science dure" et de la médecine fondée sur les preuves (EBM). Comme souligné précédemment sur le site osteopathe.me, la kinésithérapie souffre elle-même d'un manque de preuves scientifiques pour une part importante de ses actes remboursés. En pointant du doigt les "anti-sciences" sur X (ex-Twitter), elle s'expose à une critique en retour sur les fondements fragiles de sa propre profession.
S'ériger en figure politique de la santé publique attire l'attention sur la gestion des deniers publics. Plus l'Ordre se veut "politique", plus la question du remboursement de la kinésithérapie (face à des alternatives non remboursées comme l'ostéopathie) devient un sujet de débat politique légitime.
La profession de kinésithérapeute est aujourd'hui traversée par des tensions majeures : épuisement professionnel, tarifs bloqués, déserts médicaux et concurrence des pratiques non conventionnelles pourtant non conventionnées.
Pour de nombreux praticiens, voir leur représentante suprême s'afficher avec des personnalités comme Agnès Buzyn ou s'investir dans des joutes verbales sur les réseaux sociaux peut paraître déconnecté des réalités du cabinet.
Une cérémonie au siège de l'institution avec le "tout-Paris" de la santé peut renforcer le sentiment d'une élite ordinale plus préoccupée par son influence médiatique que par la défense concrète de l'exercice quotidien des kinés.
La solennité de l'Ordre est sa force. En descendant dans l'arène de X (ex-Twitter), la présidente s'expose à des attaques qui, par ricochet, décrédibilisent l'institution tout entière.
Le risque est que l'institution s'efface derrière une personnalité. Un Ordre doit être pérenne et stable ; une stratégie basée sur l'image d'un leader politique est par nature précaire.
Si la kinésithérapie a besoin de visibilité, celle-ci devrait idéalement passer par la valorisation de la recherche et l'amélioration de la prise en charge des patients plutôt que par une "politisation" des vœux institutionnels. En voulant sortir du protocole républicain, Pascale Mathieu prend le risque de transformer un organe de régulation en un acteur partisan, affaiblissant ainsi son autorité morale.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire