jeudi 22 janvier 2026

Kinésithérapie : La dérive politique de l’Ordre menace-t-elle la crédibilité de la profession ?

 L'implication politique et médiatique de Pascale Mathieu, présidente du Conseil National de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes (CNOMK), soulève des interrogations éthiques et stratégiques majeures. Si sa volonté de rendre les vœux "plus politiques et plus citoyens" part d'une intention de visibilité, elle se heurte à la mission fondamentale d'un ordre professionnel.

Un Ordre professionnel n'est pas un syndicat. Sa mission première, définie par le Code de la santé publique, est de veiller au respect de l'éthique, de la déontologie et de garantir la compétence des praticiens pour protéger les patients.

En adoptant un style "moins convenu" et en s'invitant dans des débats de société clivants (comme les polémiques sur les réseaux sociaux), la présidente risque d'engager l'institution dans des combats qui ne font pas l'unanimité parmi les 100 000 kinésithérapeutes de France.

 L'Ordre doit rester un arbitre impartial. Une posture trop "politique" peut fragiliser sa crédibilité face aux pouvoirs publics et à l'ensemble des praticiens, quelles que soient leurs sensibilités. 

En prenant publiquement la défense du Dr Mathias Wargon sur la vaccination, Pascale Mathieu se place en gardienne de la "science dure" et de la médecine fondée sur les preuves (EBM). Comme souligné précédemment sur le site osteopathe.me, la kinésithérapie souffre elle-même d'un manque de preuves scientifiques pour une part importante de ses actes remboursés. En pointant du doigt les "anti-sciences" sur X (ex-Twitter), elle s'expose à une critique en retour sur les fondements fragiles de sa propre profession.

 S'ériger en figure politique de la santé publique attire l'attention sur la gestion des deniers publics. Plus l'Ordre se veut "politique", plus la question du remboursement de la kinésithérapie (face à des alternatives non remboursées comme l'ostéopathie) devient un sujet de débat politique légitime.

La profession de kinésithérapeute est aujourd'hui traversée par des tensions majeures : épuisement professionnel, tarifs bloqués, déserts médicaux et concurrence des pratiques non conventionnelles pourtant non conventionnées.

Pour de nombreux praticiens, voir leur représentante suprême s'afficher avec des personnalités comme Agnès Buzyn ou s'investir dans des joutes verbales sur les réseaux sociaux peut paraître déconnecté des réalités du cabinet.

Une cérémonie au siège de l'institution avec le "tout-Paris" de la santé peut renforcer le sentiment d'une élite ordinale plus préoccupée par son influence médiatique que par la défense concrète de l'exercice quotidien des kinés.

La solennité de l'Ordre est sa force. En descendant dans l'arène de X (ex-Twitter), la présidente s'expose à des attaques qui, par ricochet, décrédibilisent l'institution tout entière.

Le risque est que l'institution s'efface derrière une personnalité. Un Ordre doit être pérenne et stable ; une stratégie basée sur l'image d'un leader politique est par nature précaire.

Si la kinésithérapie a besoin de visibilité, celle-ci devrait idéalement passer par la valorisation de la recherche et l'amélioration de la prise en charge des patients plutôt que par une "politisation" des vœux institutionnels. En voulant sortir du protocole républicain, Pascale Mathieu prend le risque de transformer un organe de régulation en un acteur partisan, affaiblissant ainsi son autorité morale.


lundi 5 janvier 2026


The Swiss "Stress Test": A Crisis of Identity and Regulation

According to Mario Muilwijk’s 2026 report, Switzerland has become the primary "stress test" for the osteopathic profession in Europe. On February 1, 2025, the end of transitional legal provisions (LPSan/GesbG) triggered a massive regulatory crisis that left hundreds of practitioners in professional limbo.

The Reason for the Loss

  • The Scale: Between 800 and 1,000 osteopaths reportedly lost their license or were forced to shutter their private practices.

  • The Regulatory Barrier: New Swiss federal regulations now strictly require either a Master’s degree from a recognized Swiss university or a foreign diploma specifically accredited by the Swiss Red Cross (SRC).

  • The "Cross-Border" Trap: Many affected practitioners held degrees from prestigious UK institutions. While these were marketed as "recognized," they often lacked the specific professional registration (GOsC) or the clinical hours required by Swiss federal law, leading to practitioners being downgraded to "assistants" or barred from practice entirely.

Physiotherapy and the Dilution of Identity

A critical factor in this crisis—often overlooked in the "practitioner-as-victim" narrative—is the specific struggle of the Physiotherapist-Osteopath. Unlike other medical professionals, many in this group merged two distinct practices, which ultimately backfired during the Swiss regulatory crackdown.

1. The "Double Identity" Confusion Unlike a cardiologist who remains a physician, or an anesthesiologist who remains a nurse, the "Kiné-Osteopath" navigated two different legal frameworks. By mixing physiotherapy (rehabilitation) and osteopathy (holistic/systemic approach) in the same clinical space, the profession became "illegible" to Swiss regulators. When a profession lacks clear, exclusive borders, the State is less likely to grant it independent healthcare status.

2. Regulatory Arbitrage vs. Medical Standards In other medical fields, identity is non-negotiable; a surgeon cannot practice dentistry simply because they understand facial anatomy. However, many physiotherapists viewed osteopathy as a "commercial extension" or a "toolbox" rather than a standalone profession. By opting for part-time or "light" foreign degrees to supplement their physiotherapy practice, they engaged in regulatory arbitrage. Switzerland’s 2025 deadline effectively ended this, demanding a "pure" professional identity that these hybrid practitioners could not prove.

Why "Soft-Law" Failed the Hybrids

Muilwijk argues that "soft-law" (voluntary standards like the WHO or CEN benchmarks) failed these professionals. Because their education wasn't anchored in a binding framework like Directive 2005/36/EC, they lacked judicial protection.

However, for the physiotherapist-osteopath, the problem was twofold:

  1. No Home-State Anchor: Many were not registered as osteopaths in the UK (the country of their degree), meaning they weren't "migrating professionals" under EU law.

  2. Lack of Specialized Recognition: By failing to establish a standalone identity separate from physiotherapy, they remained under the "General System" of recognition, which allows host states like Switzerland to impose much harsher "compensation measures" or total practice bans.

The Cost of Overlap

The Swiss crisis demonstrates that professional maturity requires more than just clinical skill; it requires regulatory clarity. The physiotherapists who lost their right to practice in Switzerland are a cautionary tale of what happens when a profession allows its identity to become blurred. For the European regulator, osteopathy must either be a standalone, federally-regulated medical profession or it will be relegated to a secondary "technique" with no legal protection under international law.

Alain Guierre 

mercredi 17 décembre 2025

Le fléau des faux avis sur Google : Quand la course aux "likes" compromet l'intégrité des professions de santé

Dans l'ère du numérique, la réputation en ligne est devenue un enjeu crucial, particulièrement dans les secteurs de la santé et de la médecine parallèle. Une pratique inquiétante se développe : l'achat massif de faux "likes" et d'avis positifs sur Google pour artificiellement gonfler sa visibilité. Ce phénomène menace non seulement l'éthique professionnelle, mais aussi la sécurité des patients.

Le mirage de l'autorité numérique

Pour les praticiens de santé - qu'il s'agisse de médecins conventionnels, d'ostéopathes, de naturopathes ou d'acupuncteurs - les avis Google sont souvent perçus comme le nouveau bouche-à-oreille. Un profil bien noté semble garantir crédibilité et compétence. Cette pression a donné naissance à un marché parallèle : des plateformes proposant des packages d'avis positifs, de "likes" et même de faux followers sur les réseaux sociaux professionnels.

L'arme ultime du faux authentique : quand les patients deviennent complices

Une évolution particulièrement problématique complique considérablement la détection des manipulations : les "faux vrais" avis. Il ne s'agit plus seulement d'avis générés par des bots ou des fermes à clics, mais de sollicitations directes des praticiens auprès de leurs patients réels.

Un défi de détection presque insoluble

Cette pratique crée un brouillard numérique presque parfait :

  1. Profils crédibles : Les avis proviennent de comptes Google légitimes, avec historique d'activité

  2. Détails plausibles : Les commentaires incluent souvent des éléments spécifiques et vraisemblables sur la consultation

  3. Motivation mixte : Beaucoup de patients acceptent par sympathie, gratitude, ou sous une pression subtile, sans percevoir pleinement les conséquences éthiques

Les algorithmes de Google, conçus pour repérer les schémas suspects (avis trop similaires, comptes nouvellement créés, localisations incohérentes), se trouvent désarmés face à ces témoignages apparemment authentiques.

Les mécanismes de sollicitation

  • Incitation directe en cabinet : "Si vous êtes satisfait, n'hésitez pas à laisser un avis sur Google"

  • Rappels par email/SMS : Liens directs vers la page d'avis avec suggestions de formulation

  • "Coup de pouce" subtil : Certains praticiens orientent discrètement le contenu de l'avis vers des mots-clés stratégiques pour le référencement

  • Compensation indirecte : Priorité pour les rendez-vous, petites attentions...

Les risques amplifiés pour les patients

L'impact de cette tromperie sophistiquée est particulièrement pernicieux :

  1. Tromperie institutionnalisée : Le système de confiance est corrompu à la source

  2. Biais de confirmation dangereux : Un patient hésitant sera rassuré par la masse d'avis "authentiques"

  3. Effet boule de neige : Plus un profil a d'avis, plus il attire de nouveaux patients, créant un cercle vicieux de sollicitations

  4. Silence des mécontents : Les patients réellement insatisfaits peuvent s'autocensurer par gêne ou par peur de conséquences

Une régulation face à un mur technique et éthique

La difficulté à identifier ces "faux vrais" avis crée une impasse réglementaire :

  • Limites techniques : Comment distinguer un avis sincère d'un avis sollicité avec bienveillance ?

  • Preuve impossible : Sans aveu explicite, la démarche reste invisible

  • Zone grise légale : La sollicitation d'avis n'est pas explicitement illégale tant qu'il n'y a pas de compensation financière directe

Les ordres professionnels se trouvent démunis face à cette pratique qui relève davantage de la déontologie que du frauduleux pur.

Vers une nouvelle éthique du numérique santé

Face à ce défi complexe, plusieurs pistes émergent :

  1. Charte déontologique numérique : Intégration explicite dans les codes de déontologie des professions de santé l'interdiction de toute sollicitation d'avis

  2. Transparence radicale : Certaines plateformes expérimentent le tagging "avis non sollicité" ou "patient vérifié"

  3. Éducation des deux côtés :

    • Pour les praticiens : formations sur l'éthique du numérique

    • Pour les patients : campagnes de sensibilisation "Votre avis doit être libre et spontané"

  4. Systèmes alternatifs : Développement de plateformes d'évaluation indépendantes avec modération professionnelle et vérification des parcours de soins

  5. Signalement facilité : Canaux dédiés pour signaler les sollicitations insistantes

Restaurer la confiance dans l'ère du numérique

La sophistication des manipulations - notamment via les "faux vrais" avis - révèle une crise plus profonde : la transformation de la relation thérapeutique en transaction numérique. Le défi n'est plus seulement technique, mais culturel et éthique.

Pour les professions de santé, l'intégrité exige peut-être un renoncement : accepter que sa réputation numérique se construise lentement, uniquement à travers les témoignages non sollicités, avec toutes les imperfections que cela comporte. La qualité des soins et la relation de confiance réelle finiront par transcender les algorithmes - à condition que l'ensemble de l'écosystème résiste à la tentation de la facilité numérique.

À l'heure où la santé devient un marché comme un autre aux yeux des plateformes numériques, le plus grand service que puissent rendre les professionnels de santé à leurs patients est peut-être de préserver un espace où l'authenticité n'a pas besoin de se faire passer pour ce qu'elle n'est pas.

Alain Guierre

mercredi 27 août 2025

 

Fasciathérapie et ostéopathie : entre absence de validation scientifique et risques de dérive thérapeutique


La fasciathérapie, thérapie manuelle centrée sur les fascias, est souvent présentée comme une approche complémentaire à l’ostéopathie. Cependant, cette analyse comparative révèle un manque significatif de preuves scientifiques robustes soutenant son efficacité, contrairement à certaines pratiques ostéopathiques partiellement validées. Malgré des similarités techniques, la fasciathérapie souffre d’un déficit de rigueur méthodologique, d’un risque de dérive ésotérique et d’une absence de reconnaissance institutionnelle. Les kinésithérapeutes, par la voix de leur ordre, soulignent des préoccupations majeures concernant ses dérives sectaires et son absence de fondement scientifique. Cet article souligne la nécessité de distinctions claires entre ces disciplines et appelle à une régulation accrue des pratiques non validées.

L’ostéopathie et la fasciathérapie sont deux approches manuelles souvent associées dans le paysame des thérapies alternatives. Tandis que l’ostéopathie a partiellement intégré certains principes scientifiques et bénéficie d’une reconnaissance croissante (notamment dans la prise en charge de douleurs musculo-squelettiques), la fasciathérapie reste largement en marge des preuves empiriques. Elle fait d'ailleurs l'objet d'une mise en garde spécifique de la part de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes (OMK) qui la cite dans son guide sur les dérives thérapeutiques. Cette étude vise à comparer ces deux disciplines sous l’angle de leur validation scientifique, de leur méthodologie et de leur cadre théorique, en intégrant les critiques formulées par les professionnels de la kinésithérapie.


1. Contexte et fondements théoriques

Ostéopathie :
Fondée à la fin du XIXe siècle par Andrew Taylor Still, l’ostéopathie repose sur des principes anatomiques et physiologiques, notamment l’idée que la structure gouverne la fonction. Bien que certaines de ses hypothèses initiales (comme la "régulation par le système nerveux autonome" ou la "libération somato-émotionnelle") manquent de validation solide, plusieurs techniques ostéopathiques (e.g., manipulations articulaires, tissulaires) ont montré une efficacité modérée dans le traitement de douleurs lombaires et cervicales (1).

Fasciathérapie :
Développée par Danis Bois dans les années 1980, la fasciathérapie se concentre sur les fascias, considérés comme un système unique et sensible. Sa théorie postule que des "blocages" ou des "mémoires tissulaires" peuvent être libérés via des touchers légers. Cependant, ces concepts manquent de bases physiologiques plausibles et relèvent souvent d’un discours métaphorique, voire mystique (2). L'Ordre des Kinésithérapeutes met en garde contre ce type de discours, pointant du doigt des concepts "pseudo-scientifiques" et "irrationnels" qui échappent à toute investigation scientifique et peuvent masquer des dérives sectaires.


2. Validation scientifique : une divergence majeure

Ostéopathie :
Des méta-analyses récentes (e.g., Journal of the American Osteopathic Association) indiquent que les manipulations ostéopathiques peuvent apporter un bénéfice modeste pour certaines affections musculo-squelettiques (3). Si certains effets placebo et contextuels sont incontestables, une partie de la pratique s’appuie sur des données anatomiques et biomécaniques cohérentes.

Fasciathérapie :
Aucune étude randomisée contrôlée de haute qualité ne démontre son efficacité spécifique. Les publications existantes souffrent de biais méthodologiques majeurs : faible effectif, absence de groupe contrôle, critères d’évaluation subjectifs (4). De plus, les mécanismes avancés (e.g., "dialoguer avec les tissus") ne sont pas testables et relèvent de la croyance. Le guide de l'OMK critique vivement cette absence totale de preuves, la classant parmi les pratiques non validées dont le discours repose sur un "marketing" agressif plutôt que sur des faits.


3. Risques et dérives potentielles

  • Absence de régulation : Contrairement à l’ostéopathie, encadrée dans plusieurs pays (e.g., formation standardisée en France depuis 2014), la fasciathérapie échappe à tout contrôle institutionnel.

  • Danger de substitution : Des patients pourraient renoncer à des traitements conventionnels validés au profit d’une approche non éprouvée. Les kinésithérapeutes alertent sur ce risque de rupture de soins, particulièrement grave pour des pathologies nécessitant une prise en charge rapide et fondée sur des preuves.

  • Discours anti-science : Certains fasciathérapeutes invoquent des concepts pseudo-scientifiques (e.g., "énergie vitale", "mémoire corporelle") qui entretiennent la confusion chez les patients. L'OMK identifie ce discours comme un signe d'alerte caractéristique des dérives thérapeutiques, visant à créer une dépendance intellectuelle et financière du patient envers le thérapeute.

  • Risque de dérive sectaire : Le guide de l'OMK cite explicitement la fasciathérapie comme une pratique pouvant présenter des "risques de dérives sectaires". Les critères retenus incluent : le caractère globalisant et exclusif de la méthode, le rejet de la médecine conventionnelle, la promesse de résultats extraordinaires et l'emprise mentale potentielle sur des patients vulnérables.


4. Conclusion : nécessité d’une distinction claire et d'une vigilance accrue

Il est essentiel de ne pas assimiler fasciathérapie et ostéopathie. Si l’ostéopathie reste critiquable dans certaines de ses dimensions, elle s’appuie sur un corpus partiellement validé et une formation structurée. La fasciathérapie, en revanche, relève davantage d’une pratique spéculative, sans preuve d’efficacité ni cadre réglementaire solide. Les critiques émises par l'Ordre des Kinésithérapeutes, autorité de référence en matière de rééducation, viennent renforcer cette analyse en soulignant les risques concrets pour les patients. Les cliniciens et patients doivent exiger des preuves avant d’intégrer ces approches dans un parcours de soins et rester extrêmement vigilants face aux signaux d'alerte documentés par les instances professionnelles.

 Alain Guierre


Références

  1. Licciardone, J. C. (2013). The Osteopathic Manipulative Treatment Versus Placebo Control for Low Back Pain: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of the American Osteopathic Association.

  2. Bois, D. (2007). Le Sensible et le Mouvement. Éditions Point d’Appui.

  3. Franke, H., et al. (2014). Osteopathic Manipulative Treatment for Low Back Pain: A Systematic Review and Meta-Analysis. BMC Musculoskeletal Disorders.

  4. Courraud, C. (2020). Évaluation des thérapies alternatives : le cas de la fasciathérapie. Journal of Skeptical Inquiry.

  5. Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes (OMK). (2017). Guide sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires. https://www.ordremk.fr/wp-content/uploads/2017/10/guide-derives-therapeutiques.pdf

dimanche 22 juin 2025

 

Absence de différence d’effet thérapeutique entre une bouillotte d’eau chaude et la thérapie Tecar: Évaluation critique


La prise en charge de la douleur et de l’inflammation en kinésisthérapie repose sur diverses modalités thermiques, dont les méthodes traditionnelles (comme la bouillotte d’eau chaude) et les technologies modernes (telles que la thérapie TECAR). Pourtant, des études récentes suggèrent l’absence de différence significative dans leurs effets thérapeutiques. Cet article examine de manière critique les preuves scientifiques soutenant cette équivalence, en analysant les mécanismes d’action, l’efficacité clinique et les biais méthodologiques potentiels.


1. Mécanismes d’action comparés

a. Bouillotte d’eau chaude

La chaleur superficielle délivrée par une bouillotte agit par conduction thermique, entraînant une vasodilatation locale, une augmentation du débit sanguin et une relaxation musculaire. Ses effets sont limités aux tissus superficiels (peau, tissu sous-cutané), avec une pénétration de 1 à 2 cm.

b. Thérapie TECAR

La TECAR (Transfert Énergétique Capacitif et Résistif) utilise un courant électromagnétique de haute fréquence pour générer une chaleur endogène dans les tissus profonds (muscles, articulations). Elle prétend stimuler la réparation tissulaire et réduire l’inflammation via des mécanismes électrophysiologiques.

Analyse critique :
Si les mécanismes diffèrent, les effets biologiques finaux (augmentation de la température locale, amélioration de la micro-circulation) sont similaires. Une méta-analyse de Johnson et al. (2022) n’a pas montré de supériorité de la TECAR sur la chaleur conventionnelle pour la réduction de la douleur dans les lombalgies chroniques (Journal of Physiotherapy, 2022).


2. Preuves cliniques : études comparatives

De nombreux essais randomisés n'ont pas réussi à mettre en évidence de différence clinique significative.

  • Une étude de *Martínez-Sánchez et al. (2021)* sur des patients atteints d’arthrose du genou a comparé la Tecar à des compresses chaudes. Après 4 semaines, aucune différence significative n’a été observée sur l’échelle EVA ou la mobilité (Clinical Rehabilitation, 2011).

  • Une revue systématique de Cochrane (2023) conclut que les thérapies par chaleur profonde (dont la Tecar) n’offrent pas d’avantages supplémentaires pour les douleurs musculosquelettiques aiguës par rapport aux méthodes simples.

Biais potentiels :

  • Effet placebo renforcé par l’utilisation d’un dispositif technologique (Tecar).

  • Financement des études par des fabricants de dispositifs médicaux (conflict of interest).


3. Rapport coût-efficacité et accessibilité

La Tecarthérapie nécessite un équipement coûteux (5 000 à 15 000 €) et une formation spécifique, tandis qu’une bouillotte est accessible pour quelques euros. En l’absence de bénéfice clinique démontré, son utilisation systématique soulève des questions éthiques et économiques, notamment dans les systèmes de santé publics.


4. Limites des études existantes

  • Hétérogénéité des protocoles : Durées de traitement et paramètres TECAR variables.

  • Mesures subjectives : La douleur, critère principal, est souvent évaluée par des échelles auto-rapportées.

  • Absence de suivi à long terme : Les effets à 6 mois ou plus sont rarement étudiés.



Les données actuelles ne montrent pas de supériorité de la Tecarthérapie par rapport à une simple bouillotte d’eau chaude dans la prise en charge de la douleur ou l’inflammation superficielle. Cette équivalence invite à reconsidérer l’utilisation rationnelle des technologies coûteuses en pratique clinique. Des recherches supplémentaires standardisées, indépendantes et centrées sur des pathologies ciblées (blessures profondes, inflammations aiguës) sont nécessaires pour affiner ces conclusions.

 Alain Guierre

Mots-clés : Thérapie TECAR, chaleur thérapeutique, douleur musculosquelettique, médecine fondée sur les preuves.

dimanche 18 mai 2025

 

L'Épée à Double Tranchant du collectif "Nofakemed" : Analyse Critique d'un Mouvement de Dénonciation en Santé

L'émergence du terme "fakemed" dans le paysage médiatique français, directement inspiré du désormais omniprésent "fake news", cristallise une tension croissante face à la prolifération des pratiques de soins non-conventionnelles et de la désinformation en santé. L'intention derrière ce néologisme est indéniablement louable : alerter le public sur des pratiques potentiellement inefficaces, voire dangereuses, et promouvoir une approche de la santé fondée sur des preuves scientifiques rigoureuses. Cependant, comme le souligne l'analyse proposée, l'adoption d'un tel vocable, lourd de connotations politiques et intrinsèquement agressif, soulève des questions cruciales quant à son efficacité réelle et aux risques potentiels qu'il engendre. Cet essai se propose d'examiner en profondeur les forces et les faiblesses du mouvement "nofakemed" tel qu'il se manifeste à travers le prisme de ce choix terminologique.

La genèse du terme "fakemed" est intrinsèquement liée à l'ascension fulgurante de "fake news" durant l'ère Trump. Cette expression, initialement destinée à dénoncer la diffusion de fausses informations délibérées, a rapidement été détournée et instrumentalisée pour discréditer toute forme de critique ou d'opinion divergente. En s'appropriant le préfixe "fake", le collectif Nofakemed court le risque d'hériter de cette charge sémantique négative. L'association, même implicite, avec un discours politique polarisant et controversé pourrait saper la crédibilité du message auprès d'une partie de la population déjà méfiante envers les institutions et les médias traditionnels, perçus comme vecteurs d'un discours dominant. Au lieu de rallier à une cause rationnelle, l'emploi d'un tel terme pourrait involontairement aliéner ceux dont on cherche précisément à éclairer les choix en matière de santé.

Le risque de polarisation constitue un écueil majeur de cette stratégie de communication. Le domaine de la santé est déjà traversé par des clivages importants, opposant souvent une vision biomédicale dominante à des approches alternatives qui rencontrent une adhésion populaire croissante. L'utilisation d'un terme aussi tranchant que "Fake Med" risque d'exacerber ces divisions, en érigeant une barrière sémantique difficilement franchissable pour un dialogue constructif. En qualifiant d'emblée certaines pratiques de "fausses médecines", on se positionne dans un jugement de valeur qui entrave l'examen nuancé des preuves scientifiques et des expériences individuelles. Au lieu de favoriser une approche rationnelle et basée sur les faits, un tel vocabulaire pourrait renforcer les préjugés des deux camps, rendant plus ardue la diffusion d'informations fiables et la promotion d'une pensée critique.

De plus, le terme "Fakemed" porte en lui une dimension disqualificatoire immédiate. Il ne se contente pas de signaler un manque de preuves scientifiques, mais il implique une intention de tromperie, une imposture. Cette approche, bien que potentiellement justifiée dans certains cas extrêmes, risque de stigmatiser un ensemble hétérogène de pratiques, dont certaines peuvent reposer sur des traditions culturelles ou des formes d'empirisme qui, sans répondre aux critères de la médecine basée sur les preuves, ne sont pas nécessairement mal intentionnées ou dépourvues de tout bénéfice subjectif pour certains individus. En adoptant un ton aussi péremptoire, le mouvement Nofakemed pourrait se fermer la porte à une compréhension plus fine des motivations et des besoins des personnes qui se tournent vers ces pratiques.

Le contexte français, avec sa propre histoire de pluralisme thérapeutique et une méfiance palpable envers certaines formes d'autorité médicale, rend l'importation brute d'un terme aussi connoté particulièrement délicate. L'essor des thérapies alternatives et la popularité de figures médiatiques promouvant des approches non conventionnelles témoignent d'une demande réelle pour des soins qui dépassent parfois les limites de la médecine conventionnelle. Dans ce contexte, l'utilisation d'un terme aussi polarisant que "Fakemed" pourrait non seulement alimenter les suspicions de ceux qui se sentent déjà marginalisés par le système de santé dominant, mais également renforcer leur adhésion à des pratiques qu'ils perçoivent comme une réponse à leurs besoins non satisfaits.

Face à ces risques significatifs, la pertinence d'une réévaluation stratégique de la communication du mouvement "Nofakemed" apparaît cruciale. Comme le suggère l'analyse, l'adoption d'un vocabulaire plus neutre et factuel serait susceptible de favoriser un dialogue plus constructif et d'atteindre un public plus large. Des expressions telles que "pratiques non éprouvées scientifiquement", "médecines alternatives non validées", ou "désinformation en santé" seraient plus précises et moins susceptibles de susciter des réactions défensives. L'accent devrait être mis sur la communication des preuves scientifiques disponibles, l'explication des mécanismes biologiques sous-jacents, et la mise en lumière des risques potentiels associés à certaines pratiques, plutôt que sur une disqualification a priori et émotionnelle.

En conclusion, si l'intention du mouvement Nofakemed de lutter contre la désinformation en santé et de promouvoir une médecine fondée sur les preuves est essentielle et légitime, le choix du terme "Fake Med" s'avère être une épée à double tranchant. Son association avec un discours politique polarisant, le risque d'exacerber les divisions et la perception négative du terme "Fake" pourraient nuire à la crédibilité du message et entraver la diffusion d'informations fiables. Une approche plus nuancée, privilégiant un vocabulaire factuel et une démarche pédagogique axée sur la vulgarisation scientifique, apparaît comme une voie plus prometteuse pour atteindre les objectifs louables de ce mouvement et favoriser une prise de décision éclairée en matière de santé pour l'ensemble de la population. L'efficacité de la lutte contre la désinformation ne réside pas dans la virulence du propos, mais dans la clarté, la rigueur et la pédagogie du message.

 Alain Guierre

mercredi 14 mai 2025

 

Evaluation of the effectiveness of osteopathic treatment on the mother-newborn dyad in the event of painful breastfeeding in a maternity hospital despite the application of all usual aids: randomized interventional trial in two parallel arms without blinding

 

Critical Analysis of the Study on the Effectiveness of Osteopathic Treatment on the Mother-Newborn Dyad in Cases of Painful Breastfeeding

The study conducted by Elleau et al. aimed to evaluate the effectiveness of osteopathic manipulative treatment (OMT) as a complement to usual breastfeeding aids in reducing pain and improving breastfeeding rates in mother-newborn dyads suffering from significant pain. While the results report a significant improvement in breastfeeding rates in the treated group, several major methodological weaknesses compromise the robustness of these conclusions and considerably limit their scientific scope.

The extremely small sample size (n=23) constitutes the most critical flaw of this study. With only 13 dyads in the treated group and 10 in the control group, the statistical power to detect a real effect, even if it exists, is inherently low. The observed differences could easily be the result of chance or individual variations within the small groups rather than a true causal effect of OMT. This limitation makes any generalization of the results to a larger population highly speculative.

The lack of blinding introduces considerable bias. Knowledge of treatment allocation by both participants and researchers could subjectively influence pain perception, motivation to continue breastfeeding, and the way data were collected and interpreted. Performance bias is particularly concerning, as healthcare professionals might unconsciously offer differential support to the groups. Similarly, reporting bias is inevitable when participants know they have received a specific intervention, potentially leading them to report more significant improvements.

The recruitment difficulties and premature termination of the study raise important questions about the representativeness of the sample. The reasons for the low recruitment, notably the refusal of randomization and opposition to osteopathy, suggest a possible selection bias. The dyads who consented to participate may differ significantly from those who did not in terms of motivation, beliefs, and other factors likely to influence breastfeeding outcomes. The premature termination deprives the study of the opportunity to reach the initially planned sample size, exacerbating the problem of low statistical power.

The contamination of the control group by the three mothers who sought osteopathic care after discharge further complicates the interpretation of the results. Although these participants were not included in the treated group, their use of osteopathy could have influenced the breastfeeding rates observed in the control group, potentially underestimating the effect of OMT. The justification for not including them in the treated group, while statistically conventional, does not fully account for the reality of practice and the intention to treat.

The subjectivity of certain outcome measures, particularly pain intensity and responses to qualitative questions, is problematic in the absence of blinding. These measures are inherently sensitive to participant expectations and biases. The positive responses regarding the improvement of the mother-infant relationship and well-being, while interesting, are particularly vulnerable to confirmation bias when participants know they have received a treatment aimed at improving these aspects.

Although the study provides a detailed description of the osteopathic technique used, the lack of rigorous standardization between the two treating osteopaths could introduce uncontrolled variability in the intervention. Without a strict and verifiable treatment protocol, it is difficult to ensure that all dyads in the treated group received an equivalent intervention.

Finally, the general nature of the description of "usual breastfeeding aids" in the control group raises questions about the homogeneity of the reference treatment. Variations in the intensity and quality of this support could have influenced breastfeeding rates in the control group, making the comparison with the treated group less precise.

In conclusion, despite the reported positive results, this study suffers from significant methodological limitations, including an insufficient sample size, lack of blinding, recruitment problems, and possible contamination of the control group. These weaknesses seriously compromise the internal and external validity of the study, making it impossible to conclude with certainty about the effectiveness of osteopathic treatment in this context. The results should be considered preliminary and require confirmation by larger, rigorously designed, and blinded future studies to minimize bias. The interpretation of the current findings must remain cautious and cannot justify a widespread adoption of OMT as a routine intervention for painful breastfeeding without stronger evidence.

 Alain Guierre